Le jour où l’on transforme nos parents en grands-parents, il y a une sorte de « mutation » qui s’opère dans leur comportement. Invariablement vous avez eu droit un genre bien particulier de réflexions (et si ce n’est pas le cas, croyez-moi, ca ne va pas tarder).

Vous savez, c’est un peu le genre de phrases gratuites, pas franchement méchantes, mais qui vous font vous demander au final si vous n’avez pas eu du bol de ne pas être abandonné sur une aire d’autoroute un jour de départ en vacances.

Futurs parents, armez vous de patience et de Lexomil car vous pouvez vous attendre à ce genre de remarques:

  • « Alors, ca y est…Fini les vacances » - Merci belle-maman, mais vous savez, j’ai aussi un boulot !-
  • « J’espère que vous avez tout prévu à la maison ? » – T’inquiètes, j’ai acheté une nouvelle litière -
  • « Et niveau biberons, il y en a assez ? » - Mais….MERDE….VOUS NOUS PRENEZ POUR QUI ? -

Mais, il y en a une qui vous pend au nez, celle qui notre dénominateur commun à TOUS:

 » Eh bien…J’espère qu’il/elle va être plus cool que toi ! »

Sous des dehors vaguement humoristique, vous vous rendez subitement compte que vos parents souhaitent que junior vous en fasse baver histoire d’être vengés. Mais vengés de quoi ? MAIS DE TOI ! Ne regarde pas derrière c’est a toi que je m’adresse

Et oui, l’arrivée d’un mini-vous-deux est vécue comme une sorte de d’arme de vengeance massive, prête a s’abattre sur votre foyer pour le noyer sous des hectolitres de fluides divers et variés…mais pas que.

Nos fourbes de parents souhaitent secrètement que le rejeton refuse obstinément d’ouvrir la bouche dès la première cuillère de purée et que nos nuits soient réduites à la durée de vie d’un Oui-Oui arborant un T-shirt « Sauron a une petite bite » en plein milieu du Mordor.

Bon, à la décharge de mes parents, je leur en ai VRAIMENT fais baver. Mes repas prenaient des allures de campagne de Russie et ne parlons pas des nuits car elles étaient quasiment inexistantes pendant près de 3 ans.

Certaines personnes trouveront très drôle de préciser que je me suis bien rattrapé depuis, sachez que je-vous-merde !

C’est depuis cette période que mon père s’est juré de renverser un plat de pâtes sur la carafe. Donc à chaque fois que l’on mange chez mes parents, l’ambiance vire souvent « Silence des Agneaux » (je précise que c’est mon père qui a inventé The Lecter Glance, et qu’il a terrorisé des géntérations d’étudiants en pharmacie en un seul regard).

Donc, je m’attends un de ces quartes à me recevoir une volée de spaghettis en travers de la gueule…mais c’était sans compter sur ma fille.

Il faut savoir que la Croquette n’a jamais eu de vrais problèmes pour dormir et comme visiblement la gourmandise est génétique, elle n’a jamais eu de problèmes pour manger. C’était donc avec une certaine fierté que je parlais des durée inversement proportionnelles des nuits et des repas. C’était sans compter sur deux phénomènes qui allaient se produire coup-sur-coup:

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Rhume + toux + otite = Parents a Zombieland (Vengeance #1)

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La Croquette n’est pas souvent malade, mais quand cela arrive, j’avoue que je suis tenté de téléphoner à l’OMS car je sais que les prochaines nuits vont être…inexistantes ! C’est donc avec la tronche en biais que je me suis pointé chez mes parents pour fêter l’anniversaire de ma petite sœur. Dieu a du avoir pitié de moi car il m’a fait trouver une place juste en bas, a guidé mon doigt sur le digicode comme par miracle, et a retiré tout types d’obstacles (du style « personne âgée ») entre moi et l’ascenseur.

C’est donc avec une mine de survivant d’apocalypse que je passe la porte. Je suis accueilli par mon père, qui fait un gros bisou à la Croquette et me regarde en levant un sourcil:

  • Papa « Oh là…Ca va bien ? »
  • Moi: « Moui…j’ai juste pas beaucoup dormi cette nuit »
  • Papa: « Et oui…Je sais ce que c’est, tu te rappelles ! »

A l’article de la mort, il ne faut compter sur ses proches que pour vous enterrer vivant…Résultat, la Croquette n’a pas voulu faire la sieste, j’ai piqué du nez tout le repas dans mon gigot-patates et j’ai du m’enfiler trois cafés pour éviter de sombrer définitivement.

Malgré le brouillard, j’ai bien vu dans le regard de mon papounet un mélange de compassion…et de plaisir sadique - comme le disent les vers de Worms : « Revenge ! »

Mais bon, je ne peux pas lui en vouloir…

Donc comme la Croquette n’a pas voulu faire la sieste, elle a été très remuante jusqu’au soir (def « remuante » nf /: expression politiquement correcte utilisée par de nombreuse nounou/maitresse/parents pour qualifier votre bambin de « chiant(e) comme la pluie ») .

Comme elle respirait mal, il a fallu la moucher…et moucher un gosse de 2 ans équivaux a retirer une dent cariée a un lion sans anesthésie. Après les hurlements du style « PAAAAAAAAAPAAAAAAAAA ! » (ou plutôt « BAAAAAABAAAAAAA ! »), nous avons réussi à la coucher sans top de dommages collatéraux. Elle s’endort…et c’est à ce moment que mes deux grands copains entre en action.

Nous avons la joie d’avoir une maison mitoyenne des deux coté. D’un coté un couple discret…ce qui n’est pas le cas de l’autre coté. Même si ils sont adorables, j’avoue que dans certain cas, je suis  deux doigts de juliencourbetiser. Les qualifier de pas très discret est un euphémisme : claquer les portes à 2h du mat, descendre les escaliers avec la légèreté d’un hippopotame, laisser les chiens tout seuls enfermés…Ça ne les gênes pas…EUX !

Pour en  revenir aux chiens, il y en a deux et d’un style très différent:

  • L’un est une espèce de grosse nouille molossoïde qui n’arrive à terroriser que les papillons.
  • L’autre est une espèce de roquet issu du croisement improbable d’une moumoute et d’un patin à roulette (livré avec option « insomniaque »).

Donc quand mini-kiki-chien pense que japper à 23h est une bonne idée, ma femme et moi serrons les fesses…Et là: MIRACLE…Kiki n’a pas réveillé la Croquette.

C’est quand le copain de la voisine est venu enguirlander son clébard le long de notre cloison mitoyenne qu’elle s’est réveillée…La prochaine fois, je le transforme en housse de portable (le chien, pas le voisin). Est-il vraiment utile de vous préciser que je n’ai jamais raconté cette histoire à mon pôpa….

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Tu lui donne un truc à manger qu’elle aime à tout les coups..et tu te ramasse un « Papacestpasbon » ! (Vengeance #2)

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Là, c’est un peu le coup de grâce, parce que ne pas dormir quand tu es malade, c’est quand même normal…Mais ne pas vouloir de son gouter favori le jour de son anniversaire, c’est un peu dur.

Mon coté de la famille est donc venu se réunir à la maison pour l’anniv’ de la Croquette. La journée se passe sous les meilleurs hospices (comprendre maxi-combo-dodo: grosse nuit + sieste…Youpi, les voisins sont en weekend).

Il faut savoir que j’adore cuisiner pour mes amis, alors je ne vous raconte pas dans quel état de transe je me trouve quand je cuisine pour ma fille. Ce qui s’est passé est donc d’autant plus cruel…

La Croquette viens d’ouvrir ses jouets (pourrie-gâtée comme vous pouvez vous en douter), et entreprend de faire rentrer tout ses playmobiles dans le tout petit ascenseur de l’Arbre Magique. Je fais donc diversion pour éviter un drame du style « La Tour Infernale » - monument cinématographique des années 70 – et j’installe le sujet dans sa chaise haute qui précise que « tout-ca-à-moi ».

Le gouter se compose donc du sempiternel yaourt et d’une part de gâteau homemade (framboise+génoise+chantilly à la vanille) qui est rigoureusement impossible à manger proprement. Mais c’est pour ca que c’est bon, non ?

Le pire de tout, c’est qu’elle en a eu le midi de ce gâteau, et qu’elle l’a englouti en moins de temps qu’il vous faut pour dire « léléphantestleplusfortcarilatoutesaforcedassatrompe ». Je ne pouvais donc m’attendre qu’a un plébiscite en ce qui concerne le gouter…BEN TIENS !

La première cuillère de gâteau passe comme Mario dans un tuyau, puis, comme si la Croquette était de mèche avec son grand père, elle m’attrape par le poignet pour me stopper dans mon élan et elle me lâche un « Papa, pas bon çà ! ». Je pense que c’est plus ma tronche déconfite et le petit râle de désespoir qui j’ai poussé qui ont déclenchés un fou rire irrépressible chez mon père.

C’est à ce moment que je me suis rendu compte que je n’ai plus rien à craindre concernant une éventuelle frappe chirurgicale à base de tagliatelles.

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Sans vouloir spoiler, je pense que la prochaine aventure va tourner autour de Noël étant donné que la Croquette nous demande vingt fois par jour « C’est quand Papôël ? ».